La graphie « enfaite » n’existe pas en français. La locution correcte s’écrit « en fait », toujours en deux mots, sans -e final. La dixième édition du Dictionnaire de l’Académie française, en cours de publication, maintient strictement cette graphie sans variante. Malgré cette norme claire, la confusion persiste massivement dans les écrits courants, y compris chez des adultes diplômés.
Pourquoi la graphie « enfaite » résiste malgré la norme
L’erreur « enfaite » relève d’un phénomène phonétique précis. À l’oral, la liaison entre « en » et « fait » produit une seule unité sonore. Le locuteur perçoit un mot unique et le transcrit comme tel, en ajoutant parfois un -e final par analogie avec des formes verbales conjuguées (« il faite » n’existe pas, mais le réflexe graphique opère).
Le verbe « enfaîter » (poser le faîtage d’un toit) existe bel et bien dans la langue française. Sa forme conjuguée « enfaite » (il enfaite) est correcte dans ce contexte de couverture, mais n’a aucun rapport sémantique avec la locution adverbiale « en fait ». Cette homophonie partielle alimente la confusion.
Les données de corpus scolaires publiées par l’Observatoire des fautes d’orthographe de Dicteeenligne.com montrent que les erreurs d’orthographe lexicales, catégorie dont relève « enfaite », ont connu une hausse significative au collège depuis 2024. Les locutions figées posent un problème spécifique : leur graphie ne peut pas être déduite par application d’une règle grammaticale. Il faut les connaître par cœur.

« En fait » et « au fait » : deux locutions, deux fonctions grammaticales distinctes
La locution « en fait » est un adverbe qui signifie « en réalité ». Elle sert à rectifier, nuancer ou contredire une information précédente. Elle peut se placer en tête de phrase, en incise ou en fin de proposition.
« Au fait » remplit une fonction différente : elle introduit un changement de sujet ou rappelle un point oublié. Son équivalent est « à propos ». Confondre les deux produit un contresens immédiat.
Test de substitution pour ne plus hésiter
Nous recommandons un test simple avant chaque emploi. Remplacez l’expression par « en réalité ». Si la phrase conserve son sens, écrivez « en fait ». Si elle perd son sens, c’est « au fait » qu’il faut utiliser.
- « En fait, il n’a jamais signé le contrat. » → « En réalité, il n’a jamais signé le contrat. » La substitution fonctionne : « en fait » est correct.
- « Au fait, tu as reçu le dossier ? » → « En réalité, tu as reçu le dossier ? » La substitution ne fonctionne pas : « au fait » est la bonne locution.
- « Enfaite, je préfère rester. » → Aucune substitution possible. La graphie est fautive, il faut écrire « en fait ».
Phrases correctes et incorrectes avec « en fait » et « enfaite »
Emplois corrects de « en fait »
« Il pensait maîtriser le sujet, en fait, il découvrait tout. » La locution introduit une contradiction avec ce qui précède. Le sens de rectification est limpide.
« En fait, je n’aime pas le café. » Placée en tête de phrase suivie d’une virgule, la locution fonctionne comme un adverbe de phrase. Elle recadre l’information.
« Le projet semblait simple. En fait, trois mois de travail supplémentaires ont été nécessaires. » Ici, « en fait » oppose l’apparence à la réalité constatée.
Emplois corrects de « au fait »
« Au fait, as-tu terminé le rapport ? » La locution signale un changement de sujet dans la conversation. Elle n’exprime aucune contradiction.
« Il est au fait de toute l’actualité juridique. » Dans cette construction, « être au fait de » signifie « être informé de ». C’est un emploi distinct, plus soutenu.
Graphies fautives à bannir
« Enfaite » est toujours une erreur quand le locuteur veut dire « en réalité ». Les variantes « enfait », « en faite » ou « en faîte » sont également incorrectes dans ce contexte. Seule la graphie « en fait » est admise par l’Académie française.
- « Enfaite, je ne viendrai pas. » → Incorrect. Écrire : « En fait, je ne viendrai pas. »
- « En faite, c’est plus compliqué. » → Incorrect. Le -e final n’a aucune justification grammaticale.
- « Enfait il avait raison. » → Incorrect. La soudure et l’absence de virgule cumulent deux fautes.

Ponctuation de « en fait » dans la phrase écrite
Un point que la plupart des guides survolent : la virgule après « en fait » en tête de phrase n’est pas optionnelle. La locution adverbiale en position initiale se détache par une virgule. Cette règle s’applique à toutes les locutions adverbiales de phrase (« en réalité, », « en revanche, », « en effet, »).
En position d’incise au milieu d’une phrase, « en fait » s’encadre de deux virgules : « Le budget, en fait, dépassait largement les prévisions. » En fin de phrase, une seule virgule précède la locution : « C’était plus coûteux, en fait. »
L’omission de ces virgules ne constitue pas une faute d’orthographe lexicale, mais une erreur de ponctuation qui peut modifier le rythme de lecture et créer une ambiguïté syntaxique. Dans un contexte professionnel ou académique, nous considérons cette ponctuation comme non négociable.
La graphie « en fait » en deux mots, sans -e, sans trait d’union, reste la seule forme reconnue par les autorités lexicographiques françaises. Le réflexe de substitution par « en réalité » suffit à lever toute hésitation. Pour « au fait », le remplacement par « à propos » tranche instantanément. Quant à « enfaite », sa présence dans un texte signale une méconnaissance de la locution figée, pas une variante tolérée.

