Depuis le 1er janvier 2026, le contrôle technique ne se limite plus à vérifier l’état mécanique d’un véhicule. Les centres agréés doivent désormais consulter la base des rappels constructeurs graves et peuvent, dans certains cas, immobiliser un véhicule sur place. Ce changement de périmètre modifie la nature même de l’examen périodique.
Rappels constructeurs intégrés au contrôle technique : ce que prévoit le décret de décembre 2025
Le décret n° 2025-1180 du 8 décembre 2025 a modifié le Code de la route pour inclure les rappels graves déclarés par les constructeurs dans le champ du contrôle technique. Concrètement, le contrôleur accède aux données de rappel associées au véhicule présenté et vérifie si un rappel grave non traité le concerne.
L’arrêté du 8 décembre 2025 a complété ce dispositif en précisant les données de contact des propriétaires ou locataires de véhicules recueillies par les centres. Cette collecte vise à permettre un suivi effectif des rappels identifiés pendant la visite.
Jusqu’à cette date, un rappel constructeur restait une démarche volontaire. Le propriétaire recevait un courrier, parfois un second, et pouvait ignorer l’alerte sans conséquence sur la validité de son contrôle technique. Le rappel grave est désormais un critère de conformité au contrôle technique, au même titre qu’un frein défaillant ou un feu stop absent.

Airbags Takata et contre-visite : le cas qui a déclenché la réforme
Le point de départ réglementaire de cette évolution porte un nom : Takata. Les airbags fabriqués par cet équipementier peuvent, en se déployant, projeter des fragments métalliques vers les occupants du véhicule. Certains modèles classés « stop drive » présentent un risque tel que la conduite doit être interrompue immédiatement.
Depuis janvier 2026, un véhicule équipé d’un airbag Takata « stop drive » est automatiquement mis en contre-visite. Le contrôle technique ne peut être validé qu’après remplacement de l’airbag par un garagiste de la marque. Le véhicule n’a plus le droit de circuler tant que la réparation n’est pas effectuée.
Cette procédure ne s’applique qu’aux airbags classés « stop drive ». Pour les autres rappels graves (y compris les airbags Takata classés en rappel « simple »), le propriétaire est informé, mais aucune contre-visite n’est exigée. La distinction entre ces deux niveaux de gravité reste un point de friction pour certains professionnels du secteur.
Extension à tous les rappels graves en juin 2026
DEKRA Norisko indiquait le 29 juillet 2026 que, depuis le 1er juin 2026, la vérification a été étendue à l’ensemble des rappels constructeurs graves déclarés depuis le début de l’année. Le périmètre ne se limite donc plus aux seuls airbags Takata. Tout rappel grave déclaré par un constructeur peut désormais apparaître lors du passage au centre de contrôle.
L’arrêté du 15 juin 2026 a par ailleurs prolongé le dispositif de surveillance des airbags Takata jusqu’au 31 juillet 2030, avec des exigences techniques de suivi imposées aux constructeurs. Le sujet est traité comme un chantier réglementaire de long terme, pas comme une mesure ponctuelle.
Propriétaires de Saab : un rappel Takata sans prise en charge gratuite
Le dispositif de rappel Takata repose en principe sur la gratuité de la réparation pour le propriétaire. Le constructeur prend en charge le remplacement de l’airbag défectueux. Ce mécanisme fonctionne tant que le constructeur existe encore en tant qu’entité juridique.
Pour les propriétaires de véhicules Saab, la situation est différente. La FNA (Fédération Nationale de l’Automobile) a précisé le 29 juillet 2026 que les frais de remplacement restent à la charge exclusive du propriétaire pour ces véhicules. L’entité juridique Saab ayant disparu, personne ne finance le rappel.
Environ 10 000 propriétaires de Saab en France sont concernés selon BFM TV. Ces automobilistes se retrouvent face à un dilemme concret : payer de leur poche le remplacement d’un airbag défectueux, ou ne plus pouvoir faire valider leur contrôle technique si leur véhicule est classé « stop drive ».

Contrôle technique et véhicules électriques : un cadre encore en construction
Les véhicules électriques sont soumis au contrôle technique selon les mêmes échéances que les véhicules thermiques. Les points de vérification spécifiques à la motorisation électrique (état de la batterie haute tension, isolation électrique, câblage) font partie du périmètre d’examen.
Les retours terrain divergent sur la capacité des centres de contrôle à évaluer précisément l’état des batteries de traction. Les outils de diagnostic varient d’un centre à l’autre, et les formations des contrôleurs sur ces technologies restent inégales. Le contrôle porte sur la sécurité électrique visible sans démontage, ce qui laisse de côté certains aspects de dégradation interne des cellules.
Les centres agréés doivent s’adapter à un parc automobile en mutation. Les équipements nécessaires pour contrôler un véhicule électrique ne sont pas identiques à ceux utilisés pour un véhicule thermique, ce qui implique des investissements que tous les centres n’ont pas encore réalisés.
Ce que change concrètement la réforme pour les automobilistes
La portée de ces évolutions dépasse le simple ajout d’une ligne sur le procès-verbal de contrôle. Voici les conséquences directes :
- Un véhicule concerné par un rappel grave « stop drive » peut être immobilisé dès le passage au centre, sans possibilité de circuler jusqu’à réparation
- Le contrôleur technique accède aux bases de données des rappels constructeurs, ce qui supprime la possibilité d’ignorer un courrier de rappel
- Pour les véhicules dont le constructeur a cessé d’exister (cas Saab), le coût de mise en conformité repose sur le propriétaire
- Les rappels graves hors Takata sont couverts depuis juin 2026, élargissant le nombre de véhicules potentiellement concernés
La réforme transforme le contrôle technique en outil de traçabilité des rappels constructeurs. Un véhicule d’occasion acheté avec un contrôle technique récent offre désormais une garantie supplémentaire : celle que les rappels graves connus à la date du contrôle ont été identifiés et, le cas échéant, traités. Pour les acheteurs de voitures d’occasion, ce point mérite attention lors de la lecture du procès-verbal.
Le dispositif Takata prolongé jusqu’en 2030 suggère que cette logique d’intégration des rappels au contrôle technique s’inscrit dans la durée. Les données disponibles ne permettent pas de savoir si d’autres catégories de défauts feront l’objet d’un traitement similaire, mais le mécanisme réglementaire est désormais en place.

