L’épargne solidaire gagne du terrain auprès des jeunes actifs

L’épargne solidaire chez les jeunes actifs ne se résume pas à un choix de placement éthique. Le principal vecteur de diffusion reste l’épargne salariale, ce qui ancre le sujet dans la mécanique du bulletin de paie bien plus que dans la démarche militante.

Épargne salariale solidaire : le canal que les jeunes actifs utilisent sans le savoir

Le fonds commun de placement d’entreprise solidaire (FCPES) constitue le socle réglementaire de la finance solidaire en entreprise. Depuis la loi Pacte, tout plan d’épargne entreprise (PEE) et tout plan d’épargne retraite collectif (PERECO) doit proposer au moins un fonds labellisé solidaire parmi ses supports. Ce n’est pas optionnel.

La conséquence directe : un salarié qui place son intéressement ou sa participation sur un PEE accède mécaniquement à un support solidaire. Il n’a pas besoin de chercher un produit, de comparer des offres ni de contacter un conseiller. L’épargne salariale solidaire est le premier vecteur de diffusion du secteur, loin devant la souscription bancaire individuelle.

Depuis le 1er janvier 2025, certaines PME de 11 à moins de 50 salariés doivent proposer un dispositif de partage de la valeur. Cette obligation élargit le périmètre des entreprises concernées et, par ricochet, augmente le nombre de jeunes actifs exposés à des supports solidaires dès leurs premières années de carrière.

LDDS et épargne solidaire : un mécanisme sous-exploité par les moins de 35 ans

Deux jeunes professionnels discutant d'épargne solidaire autour d'un café en terrasse urbaine

Le Livret de Développement Durable et Solidaire reste l’un des rares produits d’épargne réglementée directement connectés à la finance solidaire. Sa dimension « solidaire » tient à une obligation légale précise : les banques doivent proposer chaque année aux détenteurs de LDDS de transformer tout ou partie de leurs dépôts en don à un organisme de l’économie sociale et solidaire.

Dans la pratique, cette proposition passe souvent inaperçue. Elle prend la forme d’un courrier annuel ou d’une notification dans l’espace client, rarement mise en avant. Un jeune actif qui ouvre un LDDS pour son épargne de précaution ne perçoit pas forcément ce levier.

Pourquoi le LDDS séduit malgré tout

Le produit a connu un afflux notable ces dernières années. Plusieurs centaines de milliers de nouveaux LDDS ont été ouverts, portés par des taux plus attractifs que la moyenne historique. Pour un jeune actif, le LDDS cumule trois atouts :

  • Un plafond de versement accessible (bien en dessous du Livret A), adapté à une capacité d’épargne en début de carrière
  • Une liquidité totale, sans blocage ni pénalité de retrait, ce qui convient à des revenus encore instables
  • Un fléchage réglementaire vers le financement de l’ESS et de la transition énergétique, sans effort de sélection de la part de l’épargnant

Nous observons que la plupart des articles grand public présentent le LDDS comme un simple doublon du Livret A. C’est une erreur de lecture. Le LDDS est le seul livret réglementé qui offre un canal direct vers un don solidaire, sans passer par un intermédiaire associatif.

Génération Z et épargne solidaire : un rapport politique au placement

Les données du sondage OpinionWay publié par France Active et FAIR lors de la Semaine de la Finance Solidaire 2025 posent un constat net. 37 % de la Génération Z considèrent que leurs choix d’épargne sont une forme de « vote ». Ce chiffre monte à 65 % pour cette même tranche d’âge.

Ce glissement sémantique change la nature du produit financier. L’épargne n’est plus perçue comme un simple outil patrimonial. Elle devient un acte d’expression, au même titre qu’un choix de consommation ou qu’un bulletin dans l’urne.

Jeune homme consultant une application d'épargne solidaire sur smartphone dans son appartement moderne

L’intention d’orienter son épargne vers des projets solidaires progresse

Selon le même sondage, 24 % des Français souhaitent que leur épargne soit orientée vers le financement de projets solidaires, en hausse de 4 points. Chez la Génération Z, cette proportion grimpe à 37 %. Parallèlement, 29 % des Français déclarent que la réforme des retraites les incite à épargner davantage, en hausse de 9 points.

Ces deux tendances convergent : l’inquiétude sur les retraites pousse à épargner plus, et une fraction croissante de cette épargne supplémentaire est orientée vers des supports solidaires. La crainte de l’avenir et la quête de sens ne s’opposent pas, elles se cumulent.

Labels et lisibilité : ce qui freine encore l’adoption

Le label Finansol, historiquement porté par l’association FAIR, reste la principale certification du marché. Il garantit que le produit finance effectivement des projets à forte utilité sociale ou environnementale. En pratique, la visibilité de ce label dans les interfaces bancaires destinées aux jeunes actifs est faible.

Un salarié de 28 ans qui consulte son relevé PEE voit un intitulé de fonds, pas un logo Finansol. Un détenteur de LDDS reçoit une notification annuelle sans explication sur les organismes bénéficiaires. Le problème n’est pas le manque de produits solidaires, c’est leur lisibilité dans les parcours numériques.

  • Les applications bancaires affichent rarement le label Finansol sur la page principale d’un produit d’épargne
  • Les relevés d’épargne salariale ne distinguent pas visuellement les fonds solidaires des fonds classiques
  • La proposition annuelle de don via le LDDS est souvent noyée dans les communications réglementaires

Nous recommandons aux acteurs du secteur de travailler sur l’intégration du label dans les parcours digitaux. Un jeune actif qui ne voit pas qu’il épargne solidaire ne peut pas s’en revendiquer, et ne peut pas amplifier le mouvement autour de lui.

L’épargne solidaire progresse chez les jeunes actifs par des canaux largement automatisés (épargne salariale, LDDS). Le vrai levier de croissance ne réside pas dans la création de nouveaux produits, mais dans la capacité des distributeurs à rendre visible ce qui existe déjà dans les portefeuilles de leurs clients.

Ne ratez rien de l'actu